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2013

Maris Stella en Martinique



1er janvier – 21 mars 2013


Le 1er janvier nous partons de Bequia, au nord des Grenadines, au petit jour ; passons sous le vent de Saint Vincent, belle île montagneuse et sauvage qui offre peu d’abris. Sa mauvaise réputation ne nous invite pas à nous arrêter. Nous sommes secouées comme il se doit entre les îles, mais la journée est belle et le vent favorable. De notre premier voyage, nous avons de trop mauvais souvenirs de Sainte Lucie aussi nous nous contentons de voir la baie des Deux Pitons et la côte de loin. La nuit tombe pour la dernière traversée vers la Martinique. Nous mouillons vers minuit dans la baie de Ste Anne dès que nous voyons les premiers bateaux à l’ancre éclairés par un beau clair de lune.

Le matin nous découvrons la foule des voiliers qui remplit la baie. Au ponton où nous amarrons notre annexe les canots sont à touche touche. Sainte Anne est une petite ville agréable avec des plages et des sentiers de randonnée. Pour faire les formalités d’entrée nous nous enfonçons dans la baie jusqu’au Marin. Ce sont des milliers de bateaux qui sont stationnés là. La ville n’est pas belle mais tout est commode quand on arrive de la mer. Le marché, le centre ville, la zone Actimer et ses ateliers, tout est accessible en annexe ou à pied. Leader Price a même son ponton. On peut ainsi vider directement le caddy dans l’annexe.


C’est le lieu de passage de presque tous les voiliers qui circulent aux Antilles. Nous retrouvons avec plaisir parmi eux de nombreuses connaissances.

Jocelyne est propriétaire du magasin Clippers Ship. Nous l’avons rencontrée en 1993 à Ste Hélène alors qu’elle terminait un tour du monde en famille. Nous changeons chez elle le hors bord et la batterie du bord pour une 100 ampères AGM. Avec l’ordinateur, les piles et batteries rechargeables nous consommons beaucoup plus qu’aux précédents voyages. Elle nous prête sa voiture pendant ses heures de travail. Nous en profitons pour visiter l’habitation Clément (musée, jardin botanique, distillerie) dans une ancienne propriété sucrière et faire de la randonnée en montagne.

Notre vieille amie Marie Thérèse Cassius de Linval est malheureusement en maison de retraite avec un début d’Alzheimer. Son neveu et sa femme, légèrement métissée, nous reçoivent dans leur maison de style colonial au milieu d’un magnifique jardin. Le hasard fait que nous rencontrons une autre nièce, Marguerite qui habite du coté du Marin. Elle nous fait déguster de délicieux plats créoles (crabes farcis, cœur de cocotier, flan à l’ananas…), visiter la partie nord est de l’île et profiter de sa machine à laver

André professeur de littérature à la fac, est arrivé en Martinique il y a quarante ans et habite Ste Anne. Il nous amène sur les lieux où a commencé la colonisation, sur la côte ouest entre Fort de France et St Pierre. Il nous fait profiter de ses recherches sur l’épopée et la tragédie, son sujet d’enseignement.

Notre amie et voisine de Tahiti Ghislaine est martiniquaise, elle nous met en relation avec sa famille. Nous rencontrons sa sœur Hélène au carnaval. Nous sommes invitées chez leur Maman. Germaine est la fille d’un béké et d’une femme noire ; elle et ses frères et sœurs ont hérité d’un terrain de plusieurs hectares qui forme maintenant un lotissement familial. A quatre vingt dix ans elle est en pleine forme entourée de nombreux enfants, petits enfants et arrières petits enfants. Autour de la table familiale où nous mangeons de délicieuses spécialités locales (fricassée de porc, bananes légumes, ignames, sorbets de fruits tropicaux…) nous en voyons un échantillon dont la couleur va du blanc au noir.


En bateau nous allons à la grande anse d’Arlet que nous aimions particulièrement. Elle est remplie maintenant de corps morts qui devraient être payants mais ne le sont toujours pas. L’eau est claire, le fond est de sable, les tortues s’y promènent. Elle est bordée de rochers où il fait bon nager avec le masque pour admirer les coraux, toute sorte d’éponges, gorgones et algues. Les poissons sont rares. Nous avons la surprise de rencontrer Ding Dingues le bateau de notre premier tour du monde qui est reparti pour de nouvelles aventures. Avec ses 9 mètres de long il semble bien petit parmi tous ces voiliers qui dépassent souvent les 13 mètres

Nous mouillons devant Fort de France pour visiter la ville. Elle nous déçoit ; autrefois il y avait beaucoup plus d’animation. Les problèmes de stationnement non gérés, sans doute intentionnellement, font que les commerces se sont déplacés à la périphérie dans des centres commerciaux, ce qui fait le bonheur des grosses fortunes locales. Ils sont semblables à ceux que l’on trouve en France et ailleurs. Dans le centre ville de nombreuses vielles maisons restaurées voisinent avec d’autres en ruines. Les musées retraçant la vie d’autrefois sont intéressants.

Nous y retournons pour le carnaval. Il dure du samedi au mercredi. Le temps de se remettre de la fête, le carême ne commence que le vendredi suivant. C’est un carnaval qui se vit plus qu’il ne se regarde. Les gens se défoulent. Les vieilles voitures qui pétaradent, les types plus ou moins à poil, les plaisanteries pas bien fines, on n’aime pas. On rigole en regardant le couple Koupé Fyon (Copé Fillon) qui représente Vaval cette année et sera brûlé le mercredi soir. Le « mariage pour tous » a inspiré pas mal de monde. Il y a de très beaux costumes traditionnels ou non, débordants d’inventions, certains sont très travaillés, d’autres faits à partir de matériaux de récupération comme ce groupe habillé de feuilles de bananier séchées et de sacs plastiques. Le mardi gras dès le matin, la ville s’habille en rouge et noir. Nous nous sommes mises aux couleurs du jour. Jacqueline s’est même fait des petites cornes. L’après midi les diables défilent. Le mercredi tout le monde est en blanc et noir.


Nous passons ensuite à la peinture du cockpit. Le Marin avec son plan d’eau calme et les magasins à proximité, nous a semblé un bon endroit pour travailler. Le générateur nous demande pas mal d’heures de soins avant de nous fournir de l’électricité. Heureusement nous avons l’aide de copains pour le remettre en marche. En attendant qu’il soit prêt nous refaisons les vernis intérieurs autour des panneaux de pont. La pluie nous laisse tranquilles mais la peinture sèche trop vite à cause de la chaleur, ce qui nous donne du mal pour mettre le sable de l’antidérapant. Tout cela nous demande 3 bonnes semaines de travail à plein temps.


Le 19 mars nous levons l’ancre. Après une escale d’une journée à St Pierre nous partons, toujours vers le nord pour la Dominique. Maris Stella est maintenant mouillé à Portsmouth.



marisstella
Mardi gras la ville s'habille en rouge et noir trouvez Jacqueline


marisstella
Mercredi des cendres la ville est en noir et blanc et c'est toujours la fête


marisstella
Rénovation du cockpit

Photos Maris Stella Martinique



Maris Stella en Dominique


21 mars – 11 avril 2013


Une journée de belle navigation de 55 milles nous mène de Saint Pierre en Martinique au nord de la Dominique à Portsmouth. C’est une petite ville au bord d’une large baie.

Le fond de sable est de bonne tenue, mais la houle nous malmène méchamment. Une association de locaux veille à ce que personne n’importune les. Une barque patrouille dans le mouillage toute la nuit. Pour financer ce service, un barbecue à environ 15 euros est organisé tous les dimanches soir. Nous ne manquons pas d’y aller ce qui nous permet de rencontrer d’autres équipages. Une fois nous avons la visite du ministre du tourisme.

Ils organisent aussi des excursions à la « Rivière Indienne », le point d’intérêt touristique incontournable de Portsmouth. Devenue parc national il n’est plus question d’y aller avec son annexe. Il faut prendre une barque de l’association. Les moteurs sont interdits. Nous faisons conduire par Dédé. Le jour de notre arrivée, il attendait sur sa barque le client potentiel à l’entrée sud de la baie et nous avait repéré bien avant que nous n’y soyons rentrées. Le prix de cette promenade de 2 heures est de 15 euros par personne. Ici c’est une aubaine ! La rivière serpente dans la mangrove puis dans une forêt de grands arbres emmêlés de lianes. Leur tronc est étayé par une couronne de racines en forme de rubans verticaux qui se reflètent dans l’eau et leur donnent un air fantastique.


L’île est montagneuse. Nous nous contentons d’en visiter la partie nord en utilisant des taxis collectifs au prix très modéré (pour nous) et en marchant sur le sentier de randonnée. Aménagé depuis quelques années, il parcourt l’île du nord au sud. Nous suivons les falaises de la côte, traversons des forets primaires, nous baignons sous des cascades et passons dans de modestes villages. Les noms de Vielle Case, Paix Bouche, Dos d’Ane… rappellent que des colons français se sont installés ici au XVII ème siècle. Dans la campagne les paysans s’activent de tous côtés. Ils cultivent à la main des champs de taros appelés aux Antilles dachines, de bananiers, d’ignames …installés souvent sur des pentes impressionnantes. Les pamplemoussiers et autres fruitiers sont réservés aux terrains plus faciles. On défriche encore la forêt. Sur la route les gens circulent à pied, coupe-coupe à la main, casse-croûte enveloppé d’un torchon sur la tête. Les voitures sont rares, les tracteurs absents. Les gens que nous croissons sont aimables, contents de nous voir apprécier leur pays.


Le point culminant de l’île, le morne Diablotins (1447m), étant dégagé depuis plusieurs jours nous décidons de l’escalader. La veille, nous réservons un taxi pour nous conduire au départ du sentier et entraînons avec nous la sœur d’amis de bateau venue de métropole pour un mois de vacances. Dès que nous prenons de l’altitude il pleut. La montée commence par un bon et raide sentier dans une forêt de grands arbres moussus chargés de lianes. Elle continue au milieu d’arbres plus petits, les mangles montagnes, aux feuilles rondes et épaisses, dans des rochers et un enchevêtrement de branches et de racines où il faut se faufiler et s’aider des mains. La pluie ne nous lâche pas, nous sommes trempées. Fort heureusement l’amie qui est venue avec nous arrive à suivre bien que pas du tout habituée à ce genre de situation qui nous rappelle la montagne à Tahiti. Au retour, pour rejoindre la route principale nous faisons du stop. Nous montons sur le plateau d’une camionnette en compagnie de paysans qui rentrent de leurs plantations avec des régimes de bananes et des paniers pleins d’œufs. Un peu plus loin un arbre est tombé sur la route. Tout le monde sort les machettes et l’arbre est dégagé rapidement.


Nous allons visiter Roseau la capitale en taxi collectif. Elle est à l’échelle du pays qui ne compte qu’une île de 6o Km sur 30 et environ 80 000 habitants. Pauvre, elle a gardé le charme des villes antillaises d’autrefois. Les maisons de bois colorées avec des balcons qui débordent sur le trottoir et des frises sur le bord du toit remplissent les rues du centre et voisinent avec des cubes de béton disgracieux.


Les voiliers ne restent en général que quelques jours en Dominique. Il n’y a pas de marina et les mouillages sont peu nombreux et rouleurs. Pourtant la nature est belle et le pays encore authentique.


Nous sommes maintenant en Guadeloupe bientôt nous serons à Des haies où nous enverrons ce récit.

Christiane et Jacqueline

Photos Maris Stella Dominique



Maris Stella en Guadeloupe


11 avril – 19 mai 2013

 

 

Le 11 avril nous partons de bon matin de Portsmouth en Dominique pour Marie Galante à 24 milles, au près. Il fait beau, les dauphins nous tiennent compagnie. En nous aidant du moteur pour ne pas trop dériver nous arrivons devant Saint Louis vers midi. L’île est plate, la côte  sablonneuse. Le mouillage où se balancent une vingtaine de voiliers s’étend sur plusieurs milles.

Saint Louis est une toute petite ville où il ne se passe pas grand-chose. Grand Bourg où l’on va facilement en taxi collectif est animé le matin, a un beau marché et de jolies maisons créoles.

Des sentiers balisés invitent à la promenade. On peut aussi marcher sur n’importe quelle petite route sans être dérangé par la circulation. Le calme règne sur toute l’île. Dans les champs, on coupe la canne à sucre à la main, un dur travail surtout en pleine chaleur. Pour la ramasser certains utilisent une petite machine. Mais pour avoir un rhum de meilleure qualité il ne faut pas que les cannes soient mélangées de feuilles, d’autres plantes ou de cailloux. Alors on fait des paquets liés à la main. Le transport vers l’usine se fait en tracteur ou en camions (certains très rouillés circulent sans plaque d’immatriculation) On utilise encore les chars à bœufs. Insolites dans ces îles tropicales, de nombreuses vaches paissent dans les prés et les champs de cannes coupées. Les vallons sont remplis de grands arbres et de buissons emmêlés de lianes.

Nous louons une voiture une journée. Nous visitons les 3 distilleries. Père Labat et Bielle sont encore artisanales et pas très conformes aux normes européennes. Le responsable de l’une et l’ancien patron de l’autre prennent le temps de discuter avec nous. Chez Bellevue, la récolte comme le traitement sont entièrement mécanisés ; les installations sont nickel mais manquent de charme. Partout on est invité à déguster avec modération ; attention ! le rhum est ici à 59°. Des belles propriétés du XVII et XVIII siècles il ne reste que des ruines. Dans toute l’île se dressent les tours des moulins qui actionnaient les machines à broyer la canne. Il y en aurait plus de 100.

L’île est entourée de belles plages de sable blanc baignées d’eau turquoise. Les touristes ne sont pas nombreux. Comme dans les autres îles françaises, ce sont surtout des retraités venus passer l’hiver au soleil.

 

Quatre heures de navigation tranquille, vent arrière, sous le soleil, nous mènent aux Saintes. On s’en doutait, en trente ans ces petites îles ont trop changé. Nous sommes surtout déçues par les mouillages. Par moins de vingt mètres de fond, les baies sont remplies de corps morts payants et en général occupés. Plus de 20 mètres de fond pour nous c’est trop ! Nous trouvons une place dans la baie du Pain de Sucre où il n’y a pas encore de corps morts. Tout le monde s’installe entre une rangée de bouées jaunes et la côte alors que le mouillage autorisé est au large de ces bouées. La visite du fort Napoléon, la montée au Chameau, le village sont intéressants, mais il y a trop de touristes, trop de constructions.

 

Nous ne restons que quelques jours puis faisons un nouveau saut jusqu’à Malendure sur la côte ouest de la Basse Terre de la Guadeloupe. Le mouillage est rouleur, mais en un quart d’heure d’annexe nous sommes aux îlets de Goyave pour nager avec le masque et les palmes dans la réserve marine « Cousteau ». Quand il fait beau, bateaux à fond de verre, clubs de plongée, nageurs en tout genre s’y retrouvent. Certains y arrivent même sur des kayaks de location. Il y a de la place pour tout le monde et les fonds sont superbes. On y observe quantité de poissons multicolores, barracudas, bancs de carangues, murènes, coraux, éponges etc.…Les langoustes et les pieuvres se délacent lentement, sans crainte d’être chassées.

 

Nous nous installons à Deshaies pour préparer la traversée. Les premiers jours le bateau roule beaucoup puis la mer se calme. Nous retrouvons de bons copains des Canaries et du Cap Vert, Jef et Dominique. Ils arrivent de Dakar. II leur arrive toujours des choses extraordinaires. Dernièrement ils ont échangé leur bateau de 9 mètres contre un Trismus de 11m ! L’ancien propriétaire ne supportait plus son bateau après le départ de sa femme et de ses enfants. Jef a proposé l’échange en plaisantant. Quelques jours après, l’autre a dit qu’il était d’accord et il était sérieux. Nous voyons aussi apparaître Diane la franco-argentine rencontrée à Mindelo. Elle trouve maintenant des embarquements comme équipière. Nous passons de bonnes soirées à discuter avec eux.

Deshaies n’est pas pratique pour faire des courses, tout est cher ; le choix est limité. Il faut prendre un taxi collectif pour trouver un supermarché  à Sainte Rose. Christiane  va chercher à Pointe à  Pitre le sikaflex anti UV nécessaire pour refaire l’étanchéité des panneaux du pont. Le trajet dure 2heures et demi.

Pour la lessive nous nous sommes débrouillées jusqu’à présent avec l’eau de pluie que nous récupérons avec le taud. Ici la rivière est toute proche, nous y rinçons quantité de linge à grande eau, après l’avoir fait trempé et  savonné à bord. La lessive à la main, c’est toute une technique que nous préférons aux machines des laveries.

De Basse Terre, nous ne visitons que le jardin botanique de Deshaies dans l’ancienne propriété de Coluche. Il est cher mais beau et riche de nombreuses  espèces tropicales.

Nous renouons avec la météo. La situation n’est pas optimale mais il faut bien se décider à partir. Le 19 mai, le bateau est prêt, nous mettons le cap sur les Açores.

 

Les Antilles ne nous emballaient pas outre mesure. Finalement, en 7 mois, nous avons bien profité du soleil, de la mer, des balades et des amis. Nous avons été toujours très occupées et n’avons pas eu le temps de faire tous les travaux prévus sur le bateau.


Photos Maris Stella Guadeloupe


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